samedi 8 janvier 2022

Le Covid long emprisonne

 

Les prisonniers du Covid long

Fatigue, douleurs, troubles neurologiques… Certains patients infectés voient leurs symptômes persister. 

Xavier, 48 ans, est perturbé. Ce matin de décembre, en salle d'attente, il s'en veut. « L'infirmière m'a téléphoné pour me dire de venir avec ma tenue de sport. Évidemment, je l'ai oubliée », répète-t-il, soudainement anxieux. Cela arrive à tout le monde, serait-on tenté de le rassurer. « Non, c'est ma vie depuis que j'ai eu le Covid : j'oublie tout ! », soupire-t-il, dépité. Il tenait absolument à se rendre à la consultation consacrée au Covid long. 

Parmi les problèmes qui lui sont « tous tombés dessus » avec le virus, dans son assiette, les aliments ont perdu leur saveur et il ne sent plus aucune odeur. « Cela me pèse terriblement. Et, dans mon métier, l'odorat est un outil de travail, notamment pour détecter les odeurs de gaz. Désormais, je dois toujours travailler avec un collègue qui est, littéralement, mon nez », explique-t-il, son dossier médical à la main. Depuis son épisode de Covid en novembre 2020, c'est toute sa vie qui est « complètement chamboulée ». Outre des « pertes de mémoire constantes », le quadragénaire doit aussi endurer des démangeaisons sur tout le corps, une sensation de froid récurrente dans les mains et les pieds, un essoufflement au moindre effort, une fatigue omniprésente… « Si je ne suis pas en intervention, je me couche entre midi et 14 heures. Impensable avant », témoigne cet homme dynamique, au physique athlétique, dont on ne soupçonnerait pas les tourments. Les autres patients venus chercher de l'aide ce matin-là, assis silencieusement en salle d'attente, affichent une fatigue beaucoup plus visible que la sienne. Certains ont le souffle si court qu'ils ont du mal à parler. Si Xavier, à la tête d'une équipe de 17 personnes, continue d'exercer son métier, qu'il adore, il a dû mettre en place des stratégies pour ne pas mettre en péril sa vie ou celle de ses hommes. « Je n'interviens plus dans les feux. Pour travailler dans un air vicié, on porte un appareil de protection avec une bouteille à air comprimé dans le dos, un ARI [appareil respiratoire isolant, NDLR]. J'ai peur de ne plus y arriver. J'ai peur que ça ne mette fin à ma carrière. » 

Souffrances. Des récits de vies mises sens dessus dessous par des symptômes post-Covid qui n'en finissent plus, les médecins en recueillent plusieurs par semaine dans cette consultation. La plupart des malades du Covid guérissent et reviennent à une vie normale en une quinzaine de jours, mais, pour d'autres, c'est une autre affaire : ils conservent des signes cliniques pendant des semaines, voire des mois. Certains ont gardé des séquelles d'une forme grave de la maladie, comme une fibrose pulmonaire. Leurs symptômes, liés à des lésions, sont facilement explicables par les médecins. La pandémie de Covid-19 avançant, est apparue une autre population de malades : celle touchée par ce qu'on appelle désormais le Covid long. Un terme d'abord adopté par les patients eux-mêmes, avant que le corps médical ne s'en saisisse et qu'il soit reconnu par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en avril 2021. Il recouvre une myriade de symptômes : une très grande fatigue que ne soulagent ni le repos ni le sommeil, des troubles neurologiques (maux de tête, sensations « étranges »), cardio-thoraciques (douleurs et oppressions thoraciques, cœur qui s'emballe, essoufflement, toux) et de l'odorat et du goût. Les douleurs, les troubles digestifs et cutanés sont également fréquents. Sans oublier les sensations de diminution des capacités attentionnelles, le fameux « brouillard cérébral ».

Les malades sont soumis à une série d’examens, comme  l’oxymétrie, qui, avec un saturomètre, mesure le niveau de saturation en oxygène dans le sang. Aux souffrances des patients peut s'ajouter celle de ne pas être pris au sérieux par le corps médical, parfois prompt à attribuer une origine psychologique à tous leurs problèmes. Face au Covid long, dont les ressorts physiopathologiques sont encore obscurs, les médecins, notamment généralistes, sont souvent démunis. Il a bien fallu se débrouiller. Pour éviter l'errance médicale, le Dr Dervaux, médecin rééducateur, a mis en place, avec un confrère généraliste, un parcours de soins spécifique, qu'il coordonne depuis juin. « On nous adresse des patients et nous nous efforçons de faire le point sur l'histoire de chacun puis d'établir une prise en charge personnalisée », explique-t-il.

Espoirs. Pour Xavier, comme pour tous les patients, le bilan durera deux heures et demie. Analyse de sang, prise de tension, électrocardiogramme… suivis d'un test de marche de six minutes sous l'œil d'une infirmière. Rien qui ne le mette particulièrement en difficulté, même si ses capacités de récupération (évaluées par son taux d'oxygène dans le sang et sa fréquence cardiaque) sont en deçà de celles attendues d'un pompier professionnel. Le test olfactif, en revanche, tourne à l'épreuve. Parmi les dix liquides parfumés (vanille, rose, café, clou de girofle…) qui lui sont présentés, neuf lui sont complètement impossibles à identifier. Il a beau faire danser les fioles sous ses narines, rien n'y fait. « Parfois, je me demande si je ne suis pas fou », lâche-t-il. La dernière odeur lui « saute au nez » subitement. Son visage s'éclaire, alors même que celle-ci est la plus déplaisante de la collection. « Je suis tellement heureux d'avoir senti quelque chose, même si c'est du vinaigre ! » s'exclame joyeusement le pompier. Malheureusement, pas de quoi se réjouir. « Quand ils sentent ce genre de produit, les patients pensent qu'ils sont en train de récupérer leur odorat, alors que ce n'est pas le cas. Je dois souvent doucher leurs espoirs. Dans le Covid, ce sont les nerfs de l'olfaction qui sont atteints. La détection d'odeurs comme celles du vinaigre ou de la Javel persiste car elle dépend de nerfs liés à la sensibilité de la muqueuse nasale qui ne sont habituellement pas touchés. »

La grande majorité des personnes atteintes du Covid recouvre l'odorat dans les quinze jours. Six mois après l'épisode, la situation est revenue à la normale dans 95 % des cas. Au-delà de ce délai, les chances de récupération sont minces et aucun traitement n'existe pour l'anosmie. Seule option : l'entraînement olfactif . Pour ce faire, les soignants ont recours à des huiles essentielles. « En neurologie, la rééducation repose en général sur l'entraînement. Même si nous espérons rendre service aux gens, on doit être honnête avec eux : nous n'avons aucune preuve que cela fonctionne dans l'anosmie ».

Rééducation. On propose des ateliers dans le cadre de la réhabilitation respiratoire des patients atteints de Covid long, comme ces séances de gymnastique douce.

L'espoir de retrouver l'odorat, Nathalie s'y accroche de toutes ses forces. Cette femme de 36 ans est une des premières à avoir bénéficié de la consultation du Dr Dervaux et de ses collègues. Si elle s'estime « chanceuse d'avoir été épargnée par les problèmes respiratoires », ce n'est pas exactement qu'elle ne sent plus rien depuis son épisode de Covid d'avril 2021, bien au contraire. Toutes les odeurs du quotidien ont été remplacées par d'autres, entêtantes et particulièrement désagréables. Des « fausses odeurs » en somme, phénomène couramment observé par les ORL dans le cadre du Covid long. « Il m'arrive de sentir des odeurs d'oignon. Et, depuis trois semaines, je sens une odeur de métal. L'enfer. Maintenant, c'est quasiment tout le temps. » À la suite de sa première consultation il y a six mois, Nathalie a décidé de commencer la rééducation par l'entraînement olfactif. Jusqu'ici sans aucune amélioration. « La fatigue physique a fait place à la fatigue psychologique, lâche-t-elle d'une voix blanche. J'ai l'impression de devenir dingue, les repas sont devenus infernaux. Aujourd'hui même, au déjeuner, j'ai pleuré. » 

Impact. Xavier non plus ne peut pas retenir ses larmes. Devant Coline Schuster, la psychologue, ce père de famille qui pense « devoir être fort », peu habitué à se confier, craque. Les mots s'étranglent dans sa gorge, puis jaillissent. Il évoque, pêle-mêle, l'angoisse de se sentir physiquement et intellectuellement « diminué », la peur d'être « un boulet pour son équipe », sa propension nouvelle à s'énerver au travail, à la maison… À l'issue de la séance ponctuée d'exercices cognitifs et de mémorisation, la psychologue le rassure : ses facultés intellectuelles sont normales. « Vos scores d'anxiété et de dépression sont assez élevés. La maladie a un vrai impact sur votre qualité de vie, indique-t-elle d'une voix douce au pompier, déjà rattrapé par l'émotion. Le Covid vous a laissé des traces physiques, c'est normal que ce soit difficile. » Pour prendre en charge des « symptômes dépressifs qui s'installent », elle l'encourage à se rapprocher du centre médico-psychologique le plus proche de son domicile. Conseil réitéré par le Dr Dervaux, qui le reçoit dans la foulée. Côté symptômes respiratoires, Xavier a déjà réalisé de nombreux examens, prescrits par un cardiologue et un pneumologue. Aucun n'a mis en évidence de dysfonctionnement. Le médecin rééducateur lui propose alors de passer une épreuve d'effort permettant d'analyser comment son organisme utilise l'oxygène. « En cas d'anomalie, on pourra vous proposer un programme de réhabilitation respiratoire, fondé sur le réentraînement à l'effort », assure-t-il.

Thérapies. Si les médecins ont bien peu de solutions face à la disparition de l'odorat, ils sont mieux armés pour aider les patients sur le plan respiratoire.  Cette infirmière en réanimation de 42 ans remonte la pente après trois semaines de réhabilitation respiratoire. Au programme, tous les jours : vélo, balnéothérapie, renforcement musculaire, jeux sur Xbox, ergothérapie… Le tout dans une ambiance plus proche du club de sport décontracté que du service hospitalier.  

Dix jours après sa contamination, l'infirmière déclare une pleurésie, puis une embolie pulmonaire et un infarctus pulmonaire. Et se retrouve à la place des patients dont elle prenait soin chaque jour, en soins intensifs. « J'avais l'impression de suffoquer, avec de grosses douleurs dans le dos et dans l'épaule. » Depuis mars 2021, elle souffre de maux de tête, de fatigue, de douleurs musculaires et elle n'a récupéré ni son odorat ni son souffle. « Je suis incapable de faire des choses simples du quotidien, comme porter les courses ou laver les carreaux. J'ai trois enfants et je n'ai pas toujours la force de jouer avec eux. En un an, j'ai l'impression d'en avoir pris vingt », raconte l'infirmière en descendant d'un vélo d'appartement d'une des salles de sport du service.

Patience et persévérance. Pour prendre en charge ces formes respiratoires de Covid long, médecins et soignants ont dû faire preuve de pragmatisme. « On ne sait pas exactement ce qui se passe pour ces patientsC'est comme si les centres de commande respiratoire dans le cerveau avaient été déréglés par le SARS-CoV-2, entraînant fréquemment des phénomènes d'hyperventilation au moindre effort. Mais prendre en charge les syndromes d'hyperventilation, on sait faire. On obtient de bons résultats. » Pour les malades, il s'agit ni plus ni moins de réapprendre à faire quelque chose qu'on pense inné : respirer. En plus de l'activité physique, la jeune femme a intégré à sa routine quotidienne des exercices de respiration prescrits par la kinésithérapeute du centre. Après trois semaines de rééducation, elle se sent déjà mieux et réapprivoise son souffle. « Maintenant, quand je dois monter un escalier, je commence par réfléchir à mes inspirations et expirations pour être sûre d'arriver en haut. » Malgré un tempérament combatif, se remettre sur pied sera long et il ne faudra pas relâcher les efforts une fois le programme de quatre semaines terminé. « J'ai commandé un vélo d'appartement au Père Noël », plaisante-t-elle. La patience, c'est bien l'effort supplémentaire demandé à ces malades. « On parle de mois pour récupérer », indique le Dr Dervaux. Une bien longue peine pour ces prisonniers du Covid, qui n'espèrent qu'une chose : ne pas prendre perpète.

(Source: article de Héloïse Rambert dans le Point, hebdomadaire français du 5 janvier 2022)


mardi 4 janvier 2022

Sommes-nous en crise de la transcendance ?

La Révolution tranquille a-t-elle détruit la vieille tradition, ou même l'essentiel de la culture canadienne-française?, se demande Gérard Bouchard dans l'édition du 31 décembre de la page Idées du Devoir. Historien, sociologue, écrivain, enseignant à l'Université du Québec à Chicoutimi, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les imaginaires collectifs, Gérard Bouchard a vu neiger.

La Révolution tranquille aurait-elle accouché d'un vide qui apporterait des maux dont le Québec souffrirait, car une société sans boussole et dépourvue d'idéaux, d'équité sociale et de moralité civique est appelée à souffrir. Les élites conservatrices et religieuses, écrit-il, ont longtemps affirmé et revendiqué la supposée fibre spirituelle du Canadien français. Peut-on en retracer les expressions et les manifestations dans les milieux populaires ou parmi les élites laïques ?

L'harmonie et la cohésion, fondées sur les valeurs anciennes peuvent-elles se concilier avec des traits confirmés de notre société élitiste, sous-alphabétisée, inégale, intolérante, favorisant si peu la liberté, la démocratie, et appuyant la censure ? A-t-on liquidé la question de la transcendance en liquidant le radicalisme irréfléchi des années 1960, s'interroge-t-il ?

La transcendance réfère à ce qui relève du surnaturel, du divin. Dans l'humanisme, elle désigne le dépassement de soi. Le sacré désigne des valeurs, des idéaux implantés qui inspirent souvent des actes d'un altruisme exceptionnel. Souvent des incroyants sont inspirés par leur patriotisme, leur nationalisme ou simplement par leur humanisme.

Mais les mythes sociaux ou nationaux peuvent aussi conduire aux altruismes les plus élevés. Nous ne devons pas nous juger trop sévèrement, pense l'historien, car dans l'histoire des sociétés, même le mouvement réformiste le plus intègre, le plus vertueux, n'a pu  réaliser les grands rêves qui l'animaient à sa naissance ?


mercredi 29 décembre 2021

La littérature numérique en classe: un succès

Les professeurs peuvent utiliser Biblius pour lire et chercher ce qu'ils veulent travailler avec leurs élèves. Ils peuvent utiliser 40 exemplaires numériques à la fois, pour étudier un livre en classe. Chaque élève a un exemplaire sur sa tablette. Les profs peuvent aussi suggérer des lectures précises à certains élèves, directement sur la plateforme.

Selon leur tranche d'âge, les élèves peuvent emprunter des titres selon leur désir. Ils ont aussi accès à la synthèse vocale, pour "écouter" le livre. La voix est disponible pour tous les livres disponibles.

De plus, le service Biblius, est dorénavant un service de base du réseau éducatif. Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MESS) en assume tous les coûts. Au départ, 407 livres, majoritairement québécois, composent la petite collection. 

Au primaire, les élèves préfèrent les documentaires illustrés et les bandes dessinées.

La prochaine étape est d'étendre ce service aux écoles privées. Probablement d'ici juin 2022.

(Source: article de Catherine Lalonde dans Le Devoir d'aujourd'hui)

lundi 27 décembre 2021

La honte comme première étape de la réforme

Dans les années 1960, le tiers du budget des ménages servait à acquérir leur alimentation. Maintenant, incluant les restaurants, entre 12 et 15 % du budget sert à s'alimenter. En temps de pandémie, on sait que l'obésité est un facteur de risque de présenter une forme grave de la maladie et de complications de la COVID-19. Etre en surpoids important et avoir moins de 60 ans augmentent le risque d'hospitalisation aux soins intensifs de 7 fois, selon l'Agence de la santé publique du Canada.

Alors qu'on couvre de honte les fumeurs et ceux qui ignorent le port de la ceinture de sécurité, il faudrait aussi humilier les pollueurs et la plupart des racistes. Tout autant pour les personnes qui mangent trop et mal tout en demeurant inactifs. Les écrans empêchent de bouger et on se contente d'avaler des calories vides. Au Québec, 20 % des adultes et un enfant sur neuf sont considérés obèses. Pourquoi l'abondance devient-elle problème ?

Selon Sébastien Rioux, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie politique de l'alimentation et du bien-être de l'Université de Montréal, "certains ne mangent pas à leur faim et d'autres mangent trop et mal." Aux États-Unis, l'empire de ce mal, 33 % des enfants de 2 à 19 ans mangent du fast-food au moins une fois par jour.

Les compétences ou les capacités culinaires s'amenuisent, selon monsieur Rioux. Il est "plus facile de se faire livrer une pizza ou d'en acheter une surgelée que de la préparer." La transformation alimentaire utilise beaucoup de sucre, de sel et de gras. Dans les quartiers moins bien lotis, l'obésité camoufle en plus une "faim cachée", des carences en vitamines en micronutriments.

Les États-Unis achètent pour 200 milliards de dollars de fast-food par année. Une moyenne de plus de 3000 $ par famille. Au Canada, la consommation des éléments transformés au augmenté de 136 % entre 1938 et 2014. La consommation des aliments naturels a diminué de 65 % pendant cette période.

La table à manger mondiale donnent le vertige et la nausée.

(Source: article de Stéphane Baillargeon, dans Le Devoir du 22 décembre)

dimanche 26 décembre 2021

Ralentir le réchauffement planétaire

Vers l'âge de 8 ans, Greta Thunberg, née à Stockholm, en Suède, est sensibilisée au réchauffement planétaire en visionnant des documentaires sur la fonte des glaciers et les espèces en voie d'extinction. Elle apprend qu'utiliser les combustibles fossiles, comme le charbon, le pétrole et le gaz naturel, émet des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Les centrales thermiques, les usines, les voitures et les avions dégagent tous de tels gaz.

Elle a aussi appris des scientifiques que le pire était évitable. Pourquoi les gens ne cherchent-ils pas à prévenir cette catastrophe climatique ? Pourquoi acheter des véhicules utilitaires sport (VUS) dont l'analyse du cycle de vie nous indique que c'est souvent un mauvais choix comme mode de transport urbain ? 

J'ai observé, qu'à Saint-Robert, nos élus viennent à la séance publique mensuelle avec leur VUS ou leur pick up préféré. Même si certains d'entre eux ont aussi des voitures disponibles dans leur entrée d'auto, ils préfèrent toujours se déplacer en véhicules très énergivores, de la conception à leur fin de vie utile.

Présentement et jusqu'au 13 février 2022, à Québec, Mario Cyr, ce célèbre plongeur et vidéaste, nous fait voir le dépérissement des glaciers dans l'Arctique et les dangers sur les animaux de cette zone qu'il a visitée 42 fois. Depuis 1994-1995, le glacier de la baie d'Hudson a diminué de 82 %. En Sibérie orientale, un record de 38 degrés celsisus a été reconnu en 2020. En Antarctique, au sud, on a enregistré 18,8 degrés et dans la Vallée de la mort en Californie, 54,4 degrés a été atteint en 2020. Ces chiffres ont été confirmés par l'organisation météorologique mondiale, selon Mario Cyr, lors d'une entrevue à Radio-Canada, ce matin. Les deux pôles se réchauffent déjà deux fois plus vite qu'ailleurs. Cette exposition de la Capitale nationale présente 350 photos, des enregistrements des sons sous-marins des animaux tels les morses et des craquements des glaciers qui fondent et se disloquent. La présentation sur des écrans de 12 pieds par 30 pieds de hauteur devient impressionnante.

Même si le ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeaut, reconnaît que le gouvernement Trudeau autorise 40 forages exploiratoires dans une région maritime reconnue par l'ONU pour son importance écologique et biologique, permet de nouveaux projets d'exploitation pétrolière au large des côtes de Terre-Neuve.

Le commissaire fédéral à l'environnement et au développement durable, Jerry DeMarco, a publié un rapport en novembre dernier. Il y soulignait que les industries fossiles nuisent aux efforts de réduction des émissions de GES du Canada, même si "les réductions considérables des émissions des sables bitumineux par baril, la production pétrolière et gazière du Canada, qui est en pleine expansion, reste l'un des principaux obstacles à l'atteinte des cibles climatiques du pays", écrit-il.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, il faut abandonner dès maintenant tout nouveau projet d'exploration et d'exploitation d'énergies fossiles pour espérer limiter les bouleversements du climat et respecter les objectifs de l'Accord de Paris, de décembre 2015.

(Source: article d'Alexandre Shields du 21 décembre dans Le Devoir et reportage de Radio-Canada de ce matin)

samedi 25 décembre 2021

La nouvelle réalité du travail: retour au monde d'autrefois

L'écrivain Joseph Ponthus, décédé cette année à 42 ans, a pondu un livre hommage, À la ligne, un récit que tous les précaires, les invisibles, les sans grades, comme dirait Michel Onfray reconnaîtraient. Le travail en usine, routinier, où plusieurs personnes passent leur "huits heures" de travail quotidiennement, dans un rapport au monde souvent oublié. Et soudain, on se rappelle la vie des travailleurs des abattoirs, des manutentionnaires des SAQ et Amazon de ce monde ou celle des petites mains des services de soutien à l'enfance, pour ne donner que quelques exemples, souligne l'historien et chroniqueur tant aimé, Jean-François Nadeau, dans son dernier billet de 2021, celui du 20 décembre dernier, dans Le Devoir.

Nadeau nous invite à réfléchir à ce que nous ferons pendant ce temps d'arrêt, celui du temps des Fêtes. On nous répète sur tous les tons: "Reposez-vous! Prenez du temps pour vous!" Pour nous détendre, les commerçants nous enjoignent d' "acheter plus et d'économiser davantage". Nous nous agiterons à consommer plus que de raison. Nous parlerons ensuite avec contentement des rabais d'échelle obtenus dans différents centres commerciaux, tous voués à faciliter notre surconsommation.

Les célébrations de Noël s'occupent "des rites, des convenances forcées faites de sourires forcés, de quelques becs pincés, au beau milieu de fragiles moments de bonheur avec des gens lointains qui nous sont pourtant proches". Mais pandémie oblige, ces habitudes, même désagréables parfois, deviennent rapidement comme des manques.

Tout va tellement vite qu'apparemment nous n'avons plus le temps de lire, nous rappelle Nadeau. Mais combien de personnes trouvent du temps pour écouter des téléséries interminables, les unes après les autres ? Combien de temps consentons-nous à demeurer captifs de nos écrans dont il ne nous reste plus qu'un vague souvenir à raconter dans des fragments de conversation ? Nos écrans deviendraient le témoin parfait de l'uniformité asséchante de notre mode de vie américanisé, écrit l'essayiste Simon-Pierre Beaudet.

Quand le capitalisme a pris de l'expansion, les patrons facturaient la lumière qui éclairait faiblement les ouvriers, nous explique l'historien. Les "patrons n'allaient tout de même pas payer pour éclairer la noirceur de leurs conditions!" On se croit affranchis de ces conditions misérables où le corps n'est "qu'une simple annexe vivante de machines de toutes sortes". 

Depuis l'avènement de la pandémie, les liens entre les personnes se sont coupés. Les outils de production redeviennent fournis par l'employé. Un espace de travail au sein de l'entreprise n'est plus fourni. Alors que le travailleur pense devenir plus autonome, n'est-il pas devenu plus servile que jamais ?

Ponthus rappelle que, pour une large partie de l'humanité, attendre et espérer demeurent encore bien présents. Monte-Cristo écrivait: "l'humaine sagesse était tout entière dans les seuls mots: Attendre et espérer !"

Jean-François Nadeau nous invite à être sages, mais pas trop.


vendredi 24 décembre 2021

Noël: "la fragilité de la vie qui dévoile l'essentiel"

Après avoir rendu un culte aveugle au progrès, constaté la dévastation produite, nous nous sommes tournés vers une autre idole: la Fatalité. Celle qui ne promet rien, qui nous demande de faire comme si de rien n'était, avec une touche de vert afin d'éviter l'effondrement qui vient.

Noël, serait-ce " un monde délivré du profit qui ravage la terre, du pouvoir qui écrase, du confort qui endort, de la haine du vivant", serait-ce un "monde dont la naissance fait frémir parce qu'elle annonce la fin de ce sur quoi s'est bâtie l'existence" des nantis  et des repus. Ceux-là même qui préfèrent ramper devant le réalisme d'État, cette "bonne conscience des salauds" disait Bernanos , et qui ferment les yeux devant l'urgence du temps.

Noël, "c'est la naissance qui brave la déchéance, c'est l'enfant qui dénude l'empereur par son innocence subversive. C'est la fragilité de la vie qui dévoile l'essentiel. Noël est la fête de l'enfance: promesse et jugement, selon qu'on est du côté de la vie ou du côté de la mort. Il est comme un feu qui couve sous les cendres, une étincelle suffit à l'embraser". À Luc, 12, 49, on peut lire "Et comme je voudrais qu'il brûle déjà", a dit celui qui est né cette nuit-là.

"L'étoile de Noël ne s'est jamais éteinte, mais brille encore dans les nuits noires du monde, comme une folie joyeuse, mettant en marche, comme en l'an 1, les invisibles de la société, comme étaient les bergers en ce temps et sont encore les pauvres et les anges. Un filet de joie inaltérable jaillit de la souffrance, de la guerre, de l'abandon, de l'opprobre et de l'aversion, contre tout espoir, comme la puissance de la fragilité".

C'est l'espérance têtue de l'aurore qui donne aux cris des pauvres et de la Terre le poids de la justice infinie.

Joyeux Noël à chacun et chacune de vous, lecteur ou lectrice, robertois ou non.

(Source: un texte remarquable de Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue Relations  de 2005 à 2019 et chercheur associé au Centre justice et foi, publié ce matin dans la page Idées du Devoir)