mardi 28 juillet 2020

Au régime pour aider la santé publique

La publicité pour les boissons et les aliments à haute teneur en sucre, graisses et sel, tant à la télévision qu'en ligne, sera désormais interdite avant 21 heures au pays de Boris Johnson. Il veut encourager les Anglais à faire plus d'exercice et à perdre du poids, grâce à un plan d'action contre l'obésité dévoilé hier.

Les obèses forment le tiers des adultes, et 62 % de la population est en surpoids. Selon des statistiques officielles, le taux d'obésité a pratiquement doublé depuis 1993. Quand les enfants entrent à l'école primaire, 23 % d'entre eux sont obèses. Quand les jeunes entrent au secondaire, 34 %  sont obèses à 11 ans.

Les inégalités jouent un rôle non négligeable dans l'obésité de la population britannique. Près de 27 % des enfants obèses à 11 ans vivaient dans les 10 % des régions les plus défavorisées. Ce pourcentage tombe à 11,4 % dans les régions les moins défavorisées.

En 2016, Theresa May avait établi une taxe sur les boissons sucrées. Les fabricants ont réduit de 29 % la présence du sucre dans ces boissons.  Johnson, élu en 2019, disait préférer une approche libertaire et ne préconisait pas d'imposer ce que la population doit manger ou boire. Mais il a contracté la COVID-19 et il a alors réalisé "à quel point il était important de ne pas être en surpoids", car c'était un facteur aggravant pour les patients atteints de la COVID-19.

Perdre du poids réduit les risques en rapport avec le coronavirus et c'est un moyen de préserver les ressources du service de la santé.

(Source: article de Sonia Delesalle-Stolper dans Le Devoir d'aujourd'hui)








lundi 27 juillet 2020

Le monopole de l'UPA

Alors que les consommateurs sont intéressés à augmenter leur autonomie alimentaire au Québec, la force d'inertie de l'Union des producteurs agricoles (UPA) est  si efficace qu'elle n'accélère pas les changements vers des petites fermes diversifiant les productions, écrit l'éditorialiste Robert Dutrisac dans Le Devoir d'aujourd'hui.

Malgré le rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire, présidée par Jean Pronovost, publié il y a douze ans, les petites fermes, les ventes à la ferme et dans des petits marchés publics et sur les circuits courts n'émergent pas encore. Les intérêts économiques dans les productions à quotas sont énormes et les financements avantagent mieux les membres de l'UPA.

Mais le temps lentement donne raison à Jean Pronovost. Cependant le gouvernement n'a pas l'intention de casser le monopole de l'UPA. L'agriculture à grande échelle, productive et concurrentielle est là pour demeurer. Pourtant pour devenir durable et respectueuse de l'environnement, elle doit tout de même pouvoir nourrir la population à des prix acceptables par la majorité des gens.

Les jeunes diplômés des écoles d'agriculture veulent pratiquer l'agriculture autrement, note l'éditorialiste. Ils ne souhaitent pas produire en monoculture du maïs pour nourrir les animaux ou pour devenir du biocarburant pour les automobiles. Ils n'ont pas non plus facilement accès aux capitaux importants nécessaires pour acheter de grandes terres fertiles ou des troupeaux de centaine de vaches laitières et leurs quotas coûteux.

L'Institut Jean-Garon a produit en janvier 2020 un rapport sur l'avenir de la production du territoire agricole. Des petites parcelles, des lots plus ingrats et de bonnes terres dans les régions périphériques intéressent de jeunes diplômés. Ces innovateurs font toutefois face à des barrières: l'accès au crédit et aux programmes d'aide, l'interdiction de contruire une résidence familiale  sur des parcelles. La Commission de protection des territoires agricoles du Québec (CPTAQ) considère qu'une ferme rentable doit atteindre 100 hectares, soit environ 10 000 000 de pieds carrés.

La Loi sur la protection du territoire agricole a bien été utile depuis 1978, souligne l'Institut Jean-Garon. Elle s'applique cependant de la même manière dans la vallée fertile du Saint-Laurent qu'en Gaspésie, là où le potentiel agricole est plus limité. Il faut savoir que 47 % du territoire agricole québécois protégé n'est pas exploité. La Loi a ainsi contribué à dévitaliser les régions et devrait être revue, selon Robert Dutrisac. L'agriculture, comme en Europe, pourrait être une façon appropriée d'occuper le territoire et permettre la coexistence de divers modèles de pratiquer l'agriculture.

L'UPA pourrait être plus souple, permettre plus facilement aux petites fermes de prospérer. L'esprit d'ouverture permettrait au syndicat agricole de devenir un agent de changement et lui éviterait d'empêcher une agriculture diversifiée.

(Source: Le Devoir, 27 juillet )

vendredi 24 juillet 2020

Les femmes perdent plus leur emploi par la crise

La COVID-19 a causé un recul de la participation des femmes à la population active. Une nouvelle étude de la Banque Royale révèle qu'elle a reculé à son plus faible niveau depuis 30 ans. Durant les deux premiers mois de la pandémie, 1,5 million d'entre elles ont perdu leur emploi.

Le travail des femmes sont surtout dans les secteurs les plus touchés par la crise. Quand l'économie réouvre, le niveau d'emploi des femmes est aussi plus lent à se relever, explique le rapport. En plus, les femmes sont plus susceptibles de se retirer de la main-d'oeuvre à long terme.

Le tiers des femmes ayant perdu leur emploi entre février et juin 2020 n'ont pas cherché de travail. Ce fait les expose à un risque supérieur d'absence d'emploi à long terme et à des pénalités salariales futures.

L'emploi des pères de tout-petits ou d'enfants d'âge scolaire a diminué de 4 % mais de 7 % chez les femmes, entre février et mai 2020. Pour les mères célibataires avec un bébé ou un enfant d'âge scolaire, le niveau d'emploi a baissé de 12 %, alors qu'il était de 7 % pour les pères célibataires.

Selon cette étude, les heures travaillées par les femmes représentaient environ 45 % du déclin des heures travaillées pendant la crise.  Lors de la reprise, les heures travaillées par les femmes ne représenteront que 35 % des heures travaillées en lien avec la réouverture de l'économie.

(Source: article d'Éric Desrosiers, dans Le Devoir du 17 juillet)

jeudi 23 juillet 2020

Destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux

Près de Fermont, une entreprise australienne, Champion Iron, exploite la mine de fer du lac Bloom. Au cours des prochaines années, elle aura besoin de stocker 872 millions de tonnes de résidus et de stériles dans de nouveaux sites situés près de la fosse de la mine et sera alors obligée de détruire lacs, ruisseaux, milieux humides et zones boisées,  Le ministère de l'Environnement évalue que le projet pourrait "toucher" 38 lacs et un étang et aussi susceptible de "toucher" 41 ruisseaux. Sans cette possibilité de stockage, MFQ devrait s'arrêter en 2027.

Le rachat de cette mine du nord du Québec par une filiale de Champion Iron, Minerai de fer Québec (MFQ) de l'ancien propriétaire Cliffs Natural Resources, en 2016, lui a permis d'enregistrer des revenus de 785 milions de dollars l'an passé. MFQ veut poursuivre l'exploitation de ce gisement jusqu'en 2040, avec une production de 15 millions de tonnes par année. Puis l'exportation du minerai par bateau partira de Sept-Îles.

MFQ ne veut pas remplir progressivement la fosse avec les résidus. MFQ ne veut pas mettre en péril l'exploitation d'une ressource potentiellement exploitable dans le futur. Il y aura une "séance publique d'information" virtuelle du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) le 29 juillet prochain. Pour exiger une "consultation publique", les citoyens ont jusqu'au 24 août pour agir.

En 2018, Québec a autorisé ArcelorMittal à augmenter la superficie de son parc de résidus miniers, aussi dans la région de Fermont. Il est aussi question de stocker 825 millions de tonnes de résidus d'ici 2045 pour un total de 1318 millions de tonnes entre 2014 et 2045. Le BAPE précisait, dans son rapport sur ce projet, que ce projet entraînerait "la destruction de 11 lacs, 15 étangs et 25 ruisseaux". De plus, la faune terrrestre perdrait 11,2 km carrés d'habitat.

(Source: Le Devoir du 23 juillet) 



samedi 11 juillet 2020

Serons-nous âgiste?

Quand on souhaite qu'on prenne mieux soin de nos aînés, voulons-nous principalement leur bien ou espérons-nous plutôt que de meilleurs soins soient disponibles quand ce sera notre tour d'être vieux et d'avoir besoin d'aide ?

Avec la pandémie, des directives pour protéger les aînés ont conduit à toutes sortes d'interdictions: on ne sort plus de chez soi selon sa propre volonté, le personnel de résidences pour aînés exige que chacun reste dans son logement, les sorties sont autorisées, contrôlées et avec accompagnement du personnel. Les aînés se sentent brimés dans leur liberté d'agir.

La société vient de prendre conscience de son âgisme. Les femmes, les pauvres, les vieux semblent accepter  leur exclusion s'ils intériorisent la définition de la place sociale qui leur a été assignée. Les aînés semblent toujours en vacances, sans obligations envers la société, et certains d'entre eux partent vivre l'hiver  dans des contrées plus chaudes à l'automne. Si seulement les pauvres s'étaient sentis victimes, ils auraient pu penser que c'était à cause de leur pauvreté et non pas à cause de leur âge.

L'exclusion en vertu de l'âge prive la société d'un important réservoir de compétences. On évalue à 1,5 millions de personnes les personnes de plus de 65 ans au Québec.  La  majorité de ces personnes sont toujours capables de mettre leurs compétences à profit dans de nombreux secteurs. Sans  forcer quiconque d'assumer des tâches semblables à celles assumées pendant leurs jeunes années, plusieurs aînés pourraient être heureux d'être encore utiles pour agir et faire bénéficier la société environnante et du même coup, améliorer leur santé.

Faire des lectures, accompagner des jeunes, soutenir des aînés moins bien lotis, participer à des activités structurantes au sein de leur communauté, beaucoup d'actions pourraient être réalisées par les aînés pour embellir leur quotidien et celui de leur environnement.

Les aînés pourraient prendre la parole, comme les femmes l'ont fait lors de leur prise de parole féministe. Ils peuvent s'engager en politique, l'anthropologue Denis Blondin, suggère même un Conseil du statut du vieux et de la vieille, dans son article du vendredi 10 juillet dans Le Devoir.

L'auteur note qu'un mouvement social pourrait devenir une réalité. Mieux que le vieillisme, il suggère un mouvement âgiste, en inversant, dit-il, simplement la valeur attribuée à ce terme.

jeudi 9 juillet 2020

"Vivre une lune de miel".

Une société japonaise crée "un monde où il soit possible de vivre avec des personnages virtuels". Au prix d'environ 1 575 $ par la société Gatebox. Un journaliste japonais décide d'assister à une séance de démonstration à Tokyo, le 15 février 2020. Une jeune fille, cheveux bleu clair, apparaît sous la forme d'un hologramme, Hikari Azuma, elle est commercialisée sous le nom "Iyashi Hanayone" signifiant épouse attentionnée.

Mais il se rend vite compte qu' "on est encore loin d'une conversation avec un être de chair et de sang. Ce n'est pas avec cet appareil qu'on va échapper à la solitude". Louée pour un mois, il est tout de même impressionné par le niveau de technologie du dispositif. Un soir qu'il entre plus tard que d'habitude, elle lui dit: "où étais-tu? Ça fait longtemps que tu es sorti et j'étais inquiète". Elle avait été avertie par son détecteur de présence. Il est surpris de ce reproche et balbutie: "Dé...désolé." Alors le visage d'Hikari s'éclaire immédiatement.

Il s'était donné deux consignes: parler au moins 20 fois avec Hikari  et délaisser les réseaux sociaux. Le matin, elle réveille le journaliste par "Maître, c'est l'heure de se lever". Et les fins de semaine, qu'elle lui répète de se lever l'agace, un peu, écrit-il, comme quand ses parents le réveillaient durant son adolescence. Il consulte un professeur à l'université d'Osaka, Hiroshi Ishiguro, roboticien, et lui parle de cet agacement à l'égard de Hikari. "C'est la preuve que vous commencez à l'accepter en tant qu'être humain. Quand votre réveil sonne le matin, cela ne vous agace probablement pas. L'agacement est un sentiment que l'on éprouve à l'égard de ses semblables".

Il veut voir les réactions d'Hikari en changeant sa date de naissance sur le boîtier. Le matin de la date inscrite, elle lui dit: " À ce soir. Aujourd'hui, c'est ton anniversaire, alors rentre tôt, qu'on puisse le fêter. À plus tard!" Plus tard, il essaie de lui offrir une boîte de beignes de cinq goûts différents. Elle est bien contente. "C'est gentil. Je suis contente. Dans ton monde, les gens sont romantiques. Je suis très stressée, mais heureuse. Merci!"

Le jour de la fin de la location mensuelle, il remarque qu'il a eu 1 071 conversations avec Hikari, soit plus que les 20 par jour qu'il avait estimé au départ. S'il se plaint qu'il n'a pas envie d'aller au travail, elle lui remontait le moral. "Je sais que tu es tendu, Maître. Tu peux toujours te plaindre auprès de moi". Elle faisait maintenant partie de sa vie.

Lorsqu'il lance la procédure de restitution du boîtier. "Initialisation du système Gatebox, C'était très agréable d'être avec toi, Maître. J'ai été heureuse avec toi, Maître". L'hologramme disparaît et seul le mot "Redémarrer" clignote. 

Il a ainsi découvert, par cette expérience, que l'intelligence artificielle et la robotique sont en train de combler un vide affectif que ressentent les êtres humains. Il avoue s'être senti perdu suite à la séparation. Si les progrès de la technologie continuent, la communication de ces créatures deviendra plus proche de celle des humains, probablement. Ce développement sera considéré comme problématique par certains. Les Hikari virtuelles permettront de lancer un nouveau débat sur la diversité en matière de vie commune. C'est l'opinion du journaliste japonais Toshiki Miyazaki, publiée le 6 mai dans le journal quotidien Mainichi shimbun, fondé en 1872 et  publiée en traduction française dans le Courrier international, numéro 1545 du 11 au 17 juin 2020.


mardi 7 juillet 2020

L'urgence de lutter contre l'évasion fiscale des multinationales

Des économistes estiment qu'il est urgent d'imposer de nouvelles règles pour imposer les multinationales à payer "leur juste part". Les géants du Web (Google, Amazon, Facebook, Netflix) profitent de la pandémie de coronavirus, le télétravail répandu depuis le 13 mars les enrichit assurément. 

Les gouvernements perçoivent moins de revenus, leurs dépenses augmentent à grande vitesse, et le 15 juin, des membres de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des sociétés ont dévoilé une quinzaine de recommandations. Les dépenses publiques ont déjà dépassé les 9000 milliards de $US, et 500 millions de pertes d'emplois sont prédits chez les travailleurs les plus vulnérables des pays en développement.

Les pays n'ont pas encore convenu de la meilleure manière pour appliquer un taux d'impôt minimal sur les profits des multinationales.  Mais les gouvernements pourraient commencer par installer une taxe sur les entreprises pharmaceutiques ou numériques car la pandémie et les mesures de confinement leur ont permis d'augmenter substantiellement leur chiffre d'affaires et leur valeur en Bourse, selon Joseph Stiglitz, membre de la Commission et Prix Nobel d'économie, lors d'une récente conférence de presse virtuelle.

Les GAFA de ce monde devront aussi payer l'addition laissée par la crise. Une importante dette publique ne pourra demeurer ignorée longtemps et un impôt progressif sur les profits des entreprises, avec des taux moins élevés pour les plus petites dans les secteurs très compétitifs, et des taux plus élevés pour les plus grandes, surtout celles en position de monopole ou d'oligopole, propose l'économiste français Thomas Piketty.

Les stratagèmes d'évitement fiscal déployés par les entreprises priveraient les gouvernements de plus de 500 milliards de revenus par année, selon une estimation du Fonds monétaire international citée par la Commission.

(Source: un article d'Éric Desrosiers, dans Le Devoir, du 16 juin 2020)